Comment un groupe français réussi à disputer aux anglo-saxons la coolitude et le sens mélodique.
Le retard à l’allumage de cette chronique est finalement l’occasion de prendre un peu de recul autour de la petite hype qui a entouré la sortie de Off with your heads, premier album des Cornflakes Heroes, sorti sur le label Greed Recordings, au moment où le groupe sillonne la France.
Eh bien, les sensations sont toujours les mêmes. L’album se lance, les riffs accrocheurs fonctionnent, l’intensité vacillent en même temps que les pieds de l’auditeur et la tonalité de ces chansons leur donnent une profondeur qu’on déséspère de ne jamais trouver chez un groupe anglais (jugement subjectif et gratuit) ! Il faut résolument se tourner vers les groupes américains pour retrouver ces guitares claquantes au son clair qui s’accordent sur les roulements de toms et les notes d’une basse "kim-dealienne". Le rapprochement avec Pavement a été fait plusieurs fois ; il est évident et mérité, même si la troupe parisianno-caennaise n’a pas encore osé les dérapages sans contrôles de la bande à Malkmus. On peut poursuivre avec les délicieux Fountains of Wayne, qui étaient capables de vous mettre la tête en bas, le temps d’un sink to the bottom with you ou même les vétérans des Feelies dont l’art de l’enchevêtrement harmonique est ici évoqué.

Les pop-songs sautillantes (bible belt, lifeline) s’enchaînent avec les choeurs inspirés et décalés (high heels on the beach). Mais, in fine, ce qui attire le plus dans Off with your heads, c’est cette noirceur entraperçue - en particulier sur take me out of town ou overcome - qui donne aux morceaux leur ambiguïté et leur piment et vous poussera à revenir encore vers cet album. L’espace d’un instant, on est tenté de faire un parallèle avec ce petit groupe français des années 90 qui multipliait les albums démos aux noms à rallonge et qu’on évoquait en parlant de Beck ou de Sebadoh : Dionysos.